Smart-City - Quels en sont vraiment les enjeux ?

Par Djianne / 22 septembre 2016

Au risque de ne pas être original : Smart City ça veut dire quoi ?

Smart City”, est à la base une expression anglophone utilisée pour désigner une ville intelligente basée sur les technologies de l’information et de la communication (=TIC) afin d’améliorer la qualité des services urbains et de la gestion d’une ville.

Pourtant aujourd’hui, cette notion relativement simple à appréhender, a largement évoluée pour tendre vers une véritable philosophie de vie.

Selon Rudolf Giffinger, expert en recherche analytique sur le développement urbain et régional à l’université technologique de Vienne, les villes intelligentes peuvent être classées d’après six critères principaux, lesquels sont interconnectés et complémentaires :

  • Une économie intelligente.
  • Une mobilité intelligente.
  • Un environnement intelligent.
  • Des habitants intelligents.
  • Un mode de vie intelligent.
  • Une administration intelligente.

L’enjeu des villes d’aujourd’hui et de demain n’est plus d’installer des bornes wifi gratuit mais de repenser tout l’écosystème urbain afin d’en contrôler les excès et l’expansion.

De fait la smart city est devenue multiple : smart home/building (= maison/immeuble intelligent), connected city (= ville connectée), smart grids (= réseau de distribution énergétique intelligent ), green city (= ville verte ou écologique)…
Le futur sera connecté et intelligent. Si si on vous le dit !

Mais derrière les paillettes de ce tout connecté intelligent quels sont les véritables enjeux de la ville de demain ?

Nous pouvons les classer en cinq catégories principales :

  • La gestion de l’espace urbain et de sa surpopulation (transports et habitats)
  • Le contrôle de la pollution
  • La gestion de la consommation d’énergie
  • La gestion des déchets
  • La préparation à l’avènement d’une nouvelle économie qui sera de moins en moins basée sur l’industrie traditionnelle.

Si tous les grands groupes lorgnent sur les startups du monde entier et l’eldorado du big data ce n’est pas pour occuper leur temps libre. Ils ont bien compris que notre économie de manière générale est à un tournant qui décidera de qui aura la main-mise sur les marchés du futur.

Ce vent qui tourne et qui agite gentiment la "webosphère" n’a pas encore vraiment atteint les cités moyennes et petites de provinces qui ont pourtant une carte à jouer dans la course à la smart city en terme de positionnement.

La silicon valley, si elle est encore loin d’être en bout de course, n’est plus le seul phare qui attire les nouveaux pionniers du numériques et de ses tendances. Un peu partout sur le globe (Suède, Chine, Inde, Singapour), incubateurs et villes intelligentes se développent et prennent de l’importance.
Car il faut bien comprendre qu’aujourd’hui pour une entreprise ou une startup quelle qu’elle soit, le monde peut être son terrain de jeu et se confiner à des frontières nationales est un frein inutile, aussi, la grande majorité, vont se financer ou se vendre dans tous les pays du monde.

Quel rapport avec Triffouilly-Les-Oies me direz-vous ?

Certes rivaliser avec la Silicon Valley ou même Paris n’est pas à la portée de n’importe quelle ville, mais exploiter correctement ses ressources pour attirer une nouvelle population, de nouveaux créateurs d’emplois ou de nouvelles entreprises n’est pas un défi inatteignable.

C’est là que la carte “smart city” peut se révéler un atout majeur.
Nous savons que la province souffre d’une désertification de certaines professions ou entreprises qui préfèrent les grandes villes ou la délocalisation ou encore que les centres ville peinent à maintenir leur dynamisme ou leurs commerces face aux centres commerciaux et autres ZAD et ZAC tellement en vogue il y a quelques décennies.

Aussi certaines grandes villes de France ont bien compris que pour attirer de nouveaux profils et relancer leur dynamisme économique, elle devait miser sur autre chose que leurs monuments historiques ou leur gastronomie.
A l’image de Nantes, Bordeaux, Lyon ou même Rennes, Angers, Grenoble ou Chartres qui sont entrées au palmarès des smart cities françaises et ont développé une qualité de vie particulière qui a su séduire une génération qui va privilégier autant ce critère que sa carrière.
9 des 20 smart cities françaises ont moins de 250 000 habitants  !

Repenser l’urbain pour remettre l’individu au cœur de la ville, tel est l’enjeu des smart cities de demain qui devront réhumaniser la ville pour lui permettre d’accompagner les citoyens dans leur quotidien tout en repensant leur gestion à long terme.

Le temps du “après moi le déluge” est révolu et la crise énergétique ou de la gestion des déchets nous le rappelle chaque jour. Sans tomber dans un apitoiement écologique quelconque, le numérique est aujourd’hui l’un des outils idéals pour une gestion plus saine et optimisée des ressources urbaines.

Quelles sont les clefs de la smart city de ce début du 21ème siècle ? La réponse en 10 points :

  • 1) La connexion haut débit - On n’attire pas les mouches avec du vinaigre ! Si vous visez une exploitation optimale de vos atouts commencez par la base : une connexion internet et une couverture téléphonique irréprochable. A partir de là, le développement d’un réseau wifi gratuit et accessible est envisageable.
  • 2) L’éducation et la culture numérique - Développer une éducation axée sur les nouvelles technologies et la culture numérique. Il est possible d’agir à tous les niveaux : aide à la création d’écoles spécialisées, intervenants extérieurs, conférences, expositions à la bibliothèque, événements urbain … L’éducation n’existe pas qu’à l’école et peut prendre différentes formes. Les villes devraient s’appuyer plus facilement sur leur tissu associatif ou professionnel qui peut receler des trésors d’ingéniosités et de connaissances.
  • 3) L’e-administration - Rien de pire que faire la queue ou devoir appeler entre 15h et 15h45 un mercredi sur deux pour obtenir un document ou un renseignement. Il existe une multitude de e-solution aujourd’hui pour les administrations, officielles ou privées. Si elles ne doivent pas supprimer l’accès en direct pour une population qui privilégie encore le face à face ou ne maîtrise pas les arcanes du net, ce genre de solution est un atout de poids pour les actifs et les pro-numériques.
  • 4) L’open-data et le big data - Le 21ème siècle sera data ou ne sera pas ! Si vous ne l’avez pas encore compris avec les 72 articles par jour qui sortent sur le sujet, la récupération et l’exploitation de ces données sont la clef de l’optimisation et du développement. Comment savoir de quoi vos concitoyens ont besoin si vous ne connaissez pas leurs habitudes de consommation, déplacements, travail etc…
  • 5) La gestion de l’énergie et des ressources (smart grids & smart water) - Smart grids = un réseau électrique intelligent qui permet une meilleure gestion des ressources, des économies, un meilleur service ou encore le développement de services ou dispositifs interconnectés. Smart water = la même chose avec le réseau d’eau.
  • 6) L’accès aux nouvelles technologies et structures d’accueil - Par la création de fablabs, d’incubateurs ou de structures et locaux dédiés à la promotion de l’innovation ou des TIC avec une mutualisation des moyens.
  • 7) Les éco-quartiers et immeubles intelligents - C’est un concept plutôt à la mode et nous manquons encore de données et de recul pour vraiment juger de l’impact à long terme de ces nouveaux quartiers qui éclosent dans nos villes, mais déjà il faut voir au-delà de l’étiquette verte et voir ces éco-quartiers et ces smart building comme un renouveau de l’habitat urbain intelligent : la valeur élevée de l’immobilier dans les centres villes combinée à la disponibilité limitée des terres rendent l’urbanisation actuelle complexe. Le modèle traditionnel de l’étalement urbain n’est plus possible (trop énergivore, trop coûteux, trop massif..). Il faut réinventer l’urbanisation en tendant vers une autre qualité de vie (économie d’énergie, mutualisation des équipements, respect de l’environnement...) qui favorise à la fois le "vivre-ensemble" et l’intimité.
  • 8) Le transport - Circulation et stationnement en ville sont au cœur des problèmes de gestion des cités modernes. Le challenge consiste à concilier tous les modes de transports existants afin de permettre une circulation fluide, sûre, écologique et abordable qui réponde aux besoins des citoyens. OK, ce n’est sans doute pas le plus simple à régler... L’open data peut ici être d’une grande aide puisqu’il permettra à la ville de connaître par exemple exactement les besoins de ses citoyens en terme de transport et de stationnement.
  • 9) La gestion des déchets - Epineuse question qui concerne l’ensemble du globe, la gestion des déchets sera l’un des grands défi de ce siècle, via l’optimisation des collectes et la valorisation des déchets.
  • 10) Ce que Rudolf Giffinger appel une gouvernance durable et qui pourrait se résumer en quelques points clefs :
    - Plateforme participative à disposition des habitants
    - Bureau des temps
    - Transparence
    - Politique de gestion à long terme
    - Services publics et sociaux

Totalement en phase avec la tendance à la transformation numérique qui touche tous les aspects de notre vie et de notre consommation, la Smart City est un enjeu économique et social pour toutes les villes, quelque soit leur taille.

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Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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