Resident Evil 7 - la dernière maison au fond du bayou

Par Djianne / 15 février 2017

Dernier opus de la saga éponyme, Resident Evil 7 est censé marquer le retour en grâce d’une licence exploitée jusqu’à la nausée.
CAPCOM mise sur un lifting complet pour reconquérir le marché délicat du jeu d’action horrifique teinté de survival, et dans l’ensemble je dois dire que le pari est plutôt réussi même si j’attendais au final quelque chose que je ne retrouverais plus jamais : un Resident Evil.

RE7 se place dans la lignée de l’épisode 4 de la série en ce qu’il tente de nouvelles choses et un nouveau rythme avec les recettes qui font le succès des jeux des années 2010. Exit le 90% action, nous retrouvons ici un mélange plus subtil d’exploration, de jumpscare et de baston qui donne à cet épisode du punch et un petit goût de nostalgie.

VR = Véner

Abordons directement le sujet qui fâche : le fait que cet opus ai été pensé pour la VR est l’un de ses plus gros défauts, car pour la minorité qui s’est offert ce jouet luxueux, la grande majorité va souffrir des limitations que la réalité virtuelle a rendu inévitable :

  • Champ de vision réduit et inconfortable, surtout en vue FPS.
  • La sensation de manipuler un grand-père ou un bout de bois (perso je fais à peine la différence entre la marche et la course), ce qui rend les scènes d’action pénibles et les combats de boss pourtant bien pensés limite ch*****.
  • Le fait qu’on vous colle partout des objets à la con à manipuler, inutiles pour le scénario ou les combats. Un peu pour l’immersion c’est toujours sympa mais attention à l’excès qui exacerbe la sensation de perte de temps et de lenteur de la moindre action du personnage.

Ajoutez à cela un gameplay plutôt mou et aucun feeling d’armes ni d’impact et vous obtenez un mélange assez bâtard qui peut se montrer relativement frustrant.
A noter également que la vue fps rend la version PS4 datée au bénéfice de la version PC beaucoup plus agréable et jouable.

La dernière maison au fond du bayou

RE7 nous plonge dans l’ambiance moite et malsaine des vieux films qui ont fait le bonheur - et les cauchemars - des années 80 et même 90.
Etrange choix pourrait-on dire puisque peu de la nouvelle génération doivent y reconnaître les clins d’oeil et gimmicks du genre, et pourtant au vu du succès, principalement sur la première partie du jeu, il semblerait que l’idée fut bonne et que les grands classiques ne vieillissent pas.

Pas farouche et manifestement hermétique aux films d’horreur, notre héros lui, décide de partir, seul, dans un lieu super isolé et dans une baraque bien flippante, à la recherche de sa belle disparue trois ans plus tôt. Celle-la même qui lui avait dit de ne surtout pas venir à sa recherche dans une vidéo on ne peut plus explicite.

De là à déduire que vous incarnez un benêt accro aux films à l’eau de rose il n’y a qu’un pas ! Que nous franchirons aisément passé les 5 premières minutes de jeux, où la vue d’animaux éventrés et d’un mec fort chelou marchant comme un zombi au milieu du bayou, ne va même pas le faire sourciller.

Exit les zombis et place à la famille Baker qui vous accueillera chaleureusement au point de ne pas vouloir vous laisser repartir... transformée ici en psychopathes à l’humour et aux hobbies décapants, le style a fait mouche, donnant au scénario une fraîcheur inattendue.
Et puis il y a La Vieille, la grand-mère de la famille. Vautrée dans son fauteuil roulant et que l’on croit même morte et momifiée au début, cet étrange personnage vous suivra partout sans rien faire, parvenant bizarrement à se glisser dans tous les coins et manifestement increvable malgré tous les coups de couteau et la balles que l’on essaye de lui loger dans le crâne... Ne niez pas ! On a tous essayé....

Saupoudrez le tout d’un bon paquet de clins d’oeil aux vieux épisodes de la saga, ajoutez quelques mécaniques oubliées comme la gestion des ressources via les coffres et les sauvegardes sur radiocassettes et vous obtenez un curieux mélange “nostalgicodécouverte” plutôt intéressant.

L’aspect survival est certes surtout présent aux premières heures de jeu, le temps que votre personnage commence à s’armer et que vous vous habituiez aux jumpscares et autres petites surprises qui répondent finalement à des codes plus que connus, mais l’utilisation intelligente des vidéos trouvées au fil de votre exploration redonne de l’élan et évite que le train train ne s’installe vraiment, maintenant un sentiment d’insécurité relativement constant, nécessaire à la réussite de ce genre particulier.

Les énigmes sont faciles, les allers-retours obligatoires plutôt bien gérés par le scénario et le rythme alternant séquences action et exploration bien équilibré. Il y a un réel plaisir à ouvrir une salle après l’autre sans avoir besoin d’être transformé en “one man army”.

Le Bon, la Brute et le Mutant

Bien que la majorité des critiques que j’ai pu lire encense la première partie qui nous fait affronter la famille Baker, et même si j’ai apprécié la nouveauté et particulièrement l’esprit tordu du frère qui se révèle être finalement le seul qui apprécie le don qui lui a été "offert", c’est finalement bien la seconde partie qui forge le lien avec le reste de la saga et je ne parle pas qu’au niveau de l’histoire.

Le seul passage du jeu qui m’a véritablement fait penser à un Resident Evil c’est celui du bateau échoué, où j’ai retrouvé les mécaniques propres aux vieux épisodes et leur ambiance si particulière.
Considérée souvent comme plus faible en terme d’idées et de rythme et même tirée par les cheveux pour faire le lien avec la licence, la seconde partie reste pourtant la plus fidèle à son ADN.

Pour comprendre ce point de vue très personnel, pour moi la saga est morte avec l’épisode 4 : Bon jeu mais très mauvais Resident Evil.
Je n’avais à l’époque pas du tout adhéré à ce nouveau style axé sur l’action pure et les QTE, ni à l’histoire carrément débile. Certes, on ne peut pas dire que la licence soit un exemple de cohérence et exempte d’énigmes abracadabrantes, mais c’est cela aussi qui a participé à sa légende, ça et Umbrella Corp. avec ses zombies et autres mutants.

RE7 veut quant à lui à jouer sur plusieurs tableaux :

  • Une dose d’action contrôlée
  • Un peu de cache-cache lorsque votre personnage est à poil
  • Du jumpscare et des mécaniques propres à la génération de jeux horrifiques actuelles (Outlast et consorts)
  • Une dose de survie contrôlée (vous n’aurez jamais plus que ce dont vous avez besoin, à vous de gérer utilement et d’utiliser le craft)
  • Un scénario à tiroir pas très surprenant mais efficace dirons nous, et pour une fois compréhensible facilement (rare pour un jeu japonais )
  • Une petite dose de pathos un peu à la Telltale avec les révélations finales et le choix demandé au joueur.
  • Quelques énigmes pour justifier l’exploration et allonger la durée de vie.

L’ensemble est efficace et fun - exception faite d’un gameplay un peu flingué par les limitations de la VR et la vue FPS que je déteste dans ce genre de jeu - et l’on peut boucler cet épisode avec le sentiment du devoir accompli.
Mais, il n’y a rien qui pousse vraiment à relancer le jeu pour un second run une fois toute la partie jumpscare et mécaniques horrifiques épuisée, une fois le choix fait qui ne change rien au scénario, une fois la fin atteinte qui manque sacrément d’epicness ou même d’ouverture sur une possible suite...

This is the End

Resident Evil 7 se révèle être un épisode one shot fun et rafraîchissant, qui a le mérite de redorer un peu le blason d’une licence massacrée depuis 10 ans.
Comptez 10 heures de jeu environ pour replonger dans l’univers de l’une des sagas les plus marquante du jeu vidéo, avec un épisode qui s’il ne laissera pas vraiment de trace dans la légende Resident Evil, pourra se targuer d’être un bon jeu dans un genre peu évident à maîtriser.

Et c’est peut être cela que je retiendrais finalement : que Resident Evil s’est arrêté en 2005 et que c’est sans doute mieux ainsi, puisque le marché du jeu vidéo et les joueurs ont évolués et que l’on se raccroche autant au jeu lui-même, qu’aux souvenirs et aux émotions qu’il nous a procuré des années auparavant, quelque chose que l’on ne pourra au final jamais retrouver.

Il est peut-être temps pour la saga de tirer sa révérence et de laisser la place à une nouvelle génération de jeux du genre qui pourront alors écrire eux-aussi leur légende.

Si RE7 ne s’était pas appelé ainsi mais était sorti sous une nouvelle licence aurais-je eu le même avis, aurais-je eu les mêmes critiques ? Et aurait-il eu le même succès ?

Que les studios s’acharnent à sortir de bons - ou mauvais - jeux sous de vieilles licences bankable n’est-ce pas ce qui fait aujourd’hui le plus de mal au jeu vidéo ? des ersatz datés qui asphyxient un marché qui ne laisse plus sa chance à la nouveauté ?

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Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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