Les Chroniques de Mother Brain #2

Par Djianne / 22 janvier 2016

Un réseau social désigne un ensemble d’individus ou groupes d’individus réunis par un lien social et reliés par des interactions sociales régulières.
L’expression « médias sociaux » quant à elle, recouvre les différentes activités qui intègrent la technologie, l’interaction sociale (entre individus ou groupes d’individus), et la création de contenu.

Exemples les plus connus : Facebook, Twitter, Instagram, Google +, LinkedIn...

Avant de vous lancer dans l’utilisation de ces outils, et même si vous les utilisez déjà régulièrement et que vous penser les maîtriser, il est important de garder à l’esprit quelques petites règles fondamentales qui seront valables, je n’en doute pas, pour tous les réseaux sociaux existants et à venir.

Les points importants à comprendre

1) Rien n’est gratuit.

Ces outils sont bien sûr par principe gratuits, et si certains offrent des fonctionnalités plus intéressantes ou efficaces en payant, l’accès est en général toujours gratuit.

Mais puisqu’il n’y a jamais rien de gratuit (et que les créateurs de ces outils ne travaillent pas pour la gloire), il y a forcément un “prix” à payer.
Le principe sur internet est que “si c’est gratuit c’est que c’est vous le produit”.

Ces sites vivent principalement de la publicité en vendant des espaces de promotion mais également en revendant vos données personnelles.

Mais qu’est qu’une donnée personnelle ?
La définition la plus basique et compréhensible pourrait être : « Toute donnée permettant d’identifier directement ou indirectement une personne physique ».

Avec l’avènement du net et la collecte massive de ces fameuses données par les sites que nous visitons, la définition des données personnelles a évolué et beaucoup s’entendent pour dire qu’une nouvelle définition propre aux données à caractères personnels devraient être appliquée.
Celle-ci pourrait se résumer ainsi :
Une donnée à caractère personnel consiste en : « Toute information saisissant l’essence biologique ou psychique d’une personne physique identifiée ou identifiable et échappant intellectuellement et juridiquement à cette dernière ». (Source de la définition que j’ai trouvé plutôt pertinente)

Par données personnelles il faut comprendre en fait vos habitudes de consommation d’internet et sur internet : Quels sites est-ce que je visite, quels produits j’achète, quelles causes je soutiens, quelle information m’intéresse ? le tout classé par genre, âge, catégorie socio-professionnelles etc…

Ces fameuses données personnelles, qui sont le nouvel eldorado des sociétés commerciales, leur permettent de cibler/personnaliser les publicités que vous recevez ou encore d’établir des études afin d’améliorer le marketing pour nous inciter à la consommation en ciblant nos préférences conscientes ou inconscientes.

2) Ce que vous publiez n’est jamais totalement privé.

Sur la majorité des réseaux sociaux vous pouvez choisir de publier en mode “privé” ou “public”.
Le premier sous-entend que seules les personnes admises dans votre réseau auront accès à votre publication, le second que n’importe qui ayant un compte sur le même réseau social y aura accès.
Certains réseaux ne permettent une publication qu’en mode public mais en contrepartie vous pouvez généralement communiquer par message privé avec une autre personne inscrite, qu’elle soit parfois dans votre réseau ou pas.
Notez également que commenter une publication “publique” rendra votre commentaire automatiquement public.

Il est toutefois important de comprendre que même vos publications privées sont utilisables et utilisées par le réseau social, sous la forme de ces fameuses données personnelles.
De même, bien que protégés, aucun de ces sites n’est à l’abri d’un piratage qui verrait toutes vos données révélées sur internet ou utilisées par des personnes mal intentionnées.
Rien n’est jamais sûr à 100% sur internet.

3) Tout ce que vous publiez peut être utilisé contre vous.

La jurisprudence liée aux publications sur les réseaux montre une nette augmentation de la tendance à la condamnation, en diffamation par exemple, d’une publication qu’elle soit en mode public et même privé, dès lors que le réseau social de la personne est suffisamment développé pour dépasser le simple cercle familial ou amical proche.
Sans parler des cas de licenciements suite à une publication malheureuse de photos de vacances en plein congé maladie...
Le droit du travail est extrêmement prolifique en matière de jurisprudence liée à Facebook par exemple, et il est de plus en rare que l’employé puisse se retrancher derrière un quelconque mode "privé" d’une publication malheureuse sur son employeur ou liée directement à son travail.

Au-delà d’une quelconque responsabilité juridique, il convient également de souligner que les recruteurs, chasseurs de tête et autres services de ressources humaines utilisent de plus en plus les réseaux sociaux afin de repérer un candidat potentiel ou d’étudier leur personnalité. On ne peut que conseiller d’éviter la publication des photos de vacances humiliantes ou de beuveries entre amis...

4) Disparaître du net est très difficile

Une fois un post, publié, partagé ou commenté, vous avez laissé une trace sur internet.
Partant de là et même si vous supprimez votre post initial :

  • Premièrement l’hébergeur en aura toujours une trace (le simple fait de pouvoir réactiver un compte supprimé 6 mois plus tôt en est une preuve évidente)
  • Deuxièmement il suffit qu’un individu ai copié votre post, pris un screen (équivalent d’une photographie de son écran), ou autre pour que celui-ci soit répliqué, utilisé ou encore republié.

D’où l’intérêt du fameux droit à l’oubli sur le net, qui, bien qu’insuffisant, permet de supprimer ou déréférencer des éléments gênants.
Concrètement, le droit à l’oubli permet à un individu de demander le retrait de certaines informations qui pourraient lui nuire. Il s’applique :

  • Soit par le retrait de l’information sur le site d’origine (on parle alors du droit à l’effacement),
  • Soit par un déréférencement du site par les moteurs de recherches (on parle alors du droit au déréférencement). Sur le papier cette solution semble idéale mais dans la réalité c’est beaucoup plus compliqué et effacer toutes traces semble, à ce jour en tout cas, parfois impossible.

Ces quatre règles de base sont applicables à tout ce que vous pourrez faire sur internet, encore plus aujourd’hui que la loi sur le renseignement a été votée par notre gouvernement car je doute que le droit à l’oubli s’applique à lui….

Comment préparer ses enfants à l’utilisation des réseaux sociaux

S’agissant des réseaux sociaux traditionnels, je n’ai pas encore eu à affronter cette épineuse question avec ma propre progéniture encore un peu innocente, mais ce n’est pas pour autant que je n’ai pas déjà réfléchi à comment je voudrais mettre cela en place avec eux.

Evidemment, ce n’est qu’une vision personnelle des choses, susceptible d’évoluer avec les nouveautés qu’offrira internet dans les années à venir, mais je pense que les principes de bases eux-mêmes ne changeront pas.

La première question est sans doute de savoir à quel âge permettre à son enfant d’utiliser les réseaux sociaux.

C’est une question difficile à laquelle chacun va devoir répondre en fonction de la maturité et de la demande de son enfant. Demande qui se fera forcément sous la pression sociale de ses camarades. Alors, encore une fois, autant l’accompagner pour éviter que cela se fasse dans votre dos, même si je n’imagine pas laisser un enfant de moins de 10 ans avoir un compte Facebook par exemple.

Lorsque vous prendrez la décision de le laisser créer un compte, faites le avec lui et passez un accord : ok pour créer un compte mais à condition d’en connaître les identifiants.
Ceci vous permettra en cas de besoin d’intervenir directement sur son compte.

Le but ici est d’être un gardien attentif mais discret. Le jeune est par nature farouche et contradictoire, alors, sauf sollicitation expresse, mieux vaut rester en retrait et jeter un œil régulièrement quand la bestiole est endormie....

De même, sauf problème grave ou urgent, je préfère discuter avec eux de vive voix de quelque chose qui m’aurait déplu ou interpellé.

Dans tous les cas, et quelque soit la façon dont vous aborder la question, l’important est de faire comprendre à votre enfant (et même à votre adolescent) que ce qu’il publie peut avoir des conséquences en dehors de son petit univers clos mais également que les intéractions virtuelles peuvent faire ressortir ce qu’il y a de pire dans la nature humaine. Il peut devenir autant bourreau que victime.

Evidemment vous ne pourrez pas tout contrôler ou vérifier ou même savoir. Je ne me fais pas d’illusion sur la capacité de mes enfants à faire preuve d’une imagination débordante pour me cacher des choses. Mais connaître le sujet et en discuter régulièrement avec eux est une façon de maintenir le dialogue ouvert et surtout de montrer que vous pouvez être un référent dans ce domaine si besoin, même si vous n’aimez pas cela ou que vous-même n’en faite pas usage.

Quid du compte lui même ?

Personnellement je préfère le recours à un pseudonyme et à l’absence de renseignements trop précis sur l’identité de votre enfant : Nom, date de naissance, ville, école etc…. Ainsi que les photographies pour les mineurs de moins de 16 ans.
Là encore, ce n’est qu’un avis personnel, mais dans la vie de tous les jours je ne laisserais pas les détails de ma vie personnelle ou les photos de mes enfants être potentiellement exploitées par n’importe qui, et il n’y a pas de raison que je n’applique pas ce principe à mes habitudes virtuelles.

Ne vous méprenez pas, le but ici n’est pas de diaboliser internet, car les réseaux sociaux peuvent être un outil de communication formidable et extrêmement efficace si l’on s’astreint simplement à ne pas perdre de vue que l’on interagit en direct avec des centaines (voir plus) de personnes.

Nous pouvons juste regretter que la rapidité d’expansion de ces réseaux n’ai pas permis à la majorité de la population d’en appréhender tous les effets et d’en modérer leur utilisation.

Diriez-vous la même chose en discutant dans la rue avec des inconnus ? Montreriez-vous cette photo à quelqu’un d’autre qu’à vos plus proches amis ? Si la réponse est non ou probablement pas, alors c’est que c’est sans doute une mauvaise idée.

Mais au vu de l’impact actuel des réseaux sociaux dans notre vie, tant du point de vue personnel que professionnel, les connaître et les maîtriser sera un atout pour votre enfant, au même titre qu’une discipline plus traditionnelle comme la maîtrise d’une langue étrangère. Le contrôle de l’image au travers de la e-réputation est l’un des enjeux de cette décennies, et cela ne peut pas se faire sans une bonne maîtrise et une compréhension des outils qui la créent et la nourrissent.

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Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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