Impression 3D - La révolution n’a pas (encore) eu lieu

Par Djianne / 17 mars 2016

Avec la banalisation de l’impression 3D et son arrivée sur le marché des particuliers il était logique de s’attendre à une sorte de big bang novateur et sans limite, à une déferlante d’avancées et de propositions aussi farfelues qu’intéressantes.

Pourtant, même avec des revenus qui ont atteint 3,3 milliards de dollars en 2014, nous ne faisons toujours qu’entre-apercevoir ce potentiel monstrueux du marché de l’impression 3D, que ce soit dans le domaine de l’industrie, de la médecine ou encore de l’immobilier.
La révolution tarde à venir et il est à craindre que le jour où elle sera enfin là, le marché ne soit déjà verrouillé par les gros poissons ou plafonné par des lobbies peu enclin à partager.

Plebiscitées par les particuliers qui en font encore un outil ludique plus qu’autre chose, les imprimantes 3D ont fait une entrée remarquée dans nos maisons ( 75% des unités vendues en 2014 étaient des modèles à moins de 10 000 dollars) et sur les sites spécialisés en news high-tech qui répertorient méthodiquement les avancées notables et domaines explorés par cette technologie pas si nouvelle (née dans les années 80) mais qui semble avoir atteint la maturité nécessaire à son épanouissement.

Etudes, enjeux, réflexions… la phase d’observation est en ébullition alors même que l’ensemble des acteurs reste relativement passif en terme de réalisations concrètes à l’échelle d’une population.
Avec une 7ème place mondiale la France, bien qu’encore timide, démontre un dynamisme qui bien exploité peut lui octroyer une place de choix dans le développement des enjeux de l’impression 3D et du nouvel écosystème industriel, économique, scientifique, social et sociétal qui va se mettre en place.

Se pose alors forcément la question de l’intérêt d’une certaine élite à laisser végéter le potentiel de l’impression 3D, comme quelque chose de vaguement révolutionnaire, loin là-bas, mais qui peine à atteindre sa pleine maturité pour une production à grande échelle (et je ne parle pas de figurines ou de vases….), le temps d’en maîtriser toutes les arcanes.

Au même titre que la robotique qui pose la grande question de la répartition des richesses comme très justement souligné par Stephen Hawking, et dont la masse salariale n’a quasiment pas vu la couleur depuis 40 ans d’automatisation à tout va, l’impression 3D a un énorme potentiel d’accessibilité “bon marché” qui dépasse les enjeux individuels.

Prenons le cas de la science et de la médecine avec la reproduction de tissus humains, d’os et même d’organes, qu’est ce que cela peut impliquer concrètement :

  • Une médecine moins coûteuse
  • La fin des listes d’attente pour les dons d’organes (et tout le trafic et la corruption qu’elles engendrent)
  • L’accessibilité à de meilleures prothèses pour les personnes handicapées
  • La fin des tests sur les animaux
  • La possibilité de pratiquer des tests sur des tissus humains plus facilement et à moindre coût et le coup d’accélérateur pour la recherche que cela peut engendrer.

On pourrait encore imaginer que les coûts et processus de recherches et développement étant allégés dans toute la filière de la santé et de la chimie cela aurait forcément un impact sur l’industrie cosmétique qui justifie ses prix exorbitants notamment du fait du R&D ou même sur l’industrie agro-alimentaire [5]...

Sauf évidemment si la filière entière est dominée par l’industrie pharmaceutique par exemple, qui a tout intérêt à en verrouiller les accès et les enjeux. [6]

Même potentiel dans le domaine du BTP où l’on peut partir de certains principes, comme :

  • La réduction des coûts de construction
  • La réduction des délais de construction
  • L’utilisation de matières recyclables
  • La démocratisation de l’éco-construction
  • L’accessibilité à la propriété facilité

Quid alors des lobbies du BTP ou de l’énergie, d’une mise à jour de notre législation et du Code de la construction et de l’urbanisme ?

Au-delà des problèmes de captation par les lobbies des différents domaines dans lesquels la révolution de l’impression 3D peut s’émanciper, se pose également la question de la captation des matières premières et de leur gestion qui sont au cœur de tout processus de fabrication.
Surtout aujourd’hui lorsque l’on sait que les marchés boursiers se sont tournés vers ce secteur après la crise de 2008, créant par là-même une nouvelle bulle toute aussi dangereuse que celle de l’immobilier qui n’est toujours pas résorbée. [7]

Si à ce jour l’impression 3D en est encore au stade de l’expérimentation et du développement pour certains domaines pointus, il n’en reste pas moins que les enjeux qu’elle offre vont faire l’objet de toutes les convoitises et il serait catastrophique que ce potentiel reste verrouillé par ceux-là même qui maintiennent déjà un plafond de verre sur les avancées technologiques et scientifiques développées depuis un siècle, et le fait que l’industrie militaire s’y intéresse déjà de près est un indice qui ne trompe pas.

Il revient aujourd’hui aux individus de s’emparer de cet outil pour lui permettre de réaliser la révolution technologique qui lui est destiné, en continuant à encourager la création de réseaux, la formation, l’éducation, l’échange et le partage au nom de la connaissance et du bien commun. [8]

Source des illustrations.

Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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