Edito #8 - Octobre 2016

Par Djianne / 28 octobre 2016

Journaliste 3.0

Que seront les médias dans 10 ans ? Quels sont les nouveaux outils du journaliste aujourd’hui ? Facebook va t’il sonner le glas du journalisme ? Les réseaux sociaux, l’outil indispensable du journalisme moderne....

Le journalisme est semble t’il en pleine mutation, suffisamment en tout cas pour que fleurissent un peu partout des articles sur ce sujet passionnant.

Alors je me suis posée cette question existentielle : Avoir une antenne dans les fesses et un casque VR sur la tête feront-ils d’eux de meilleurs journalistes ? Bien que les outils évoluent, le journalisme lui-même change t’il vraiment ? et même, a t’il besoin de changer ?

Nous vivons dans le monde de l’instantané et du buzz, où l’information est consommée et digérée au même titre qu’un produit lambda. Les outils ont évolués dans ce sens : permettre un flux constant et incontrôlable d’informations, et les médias ont évolués avec eux, apprenant à la dure que la presse dite écrite relevait des dinosaures et que le "new média" se devait d’être sur le net.

Évidemment croire naïvement que l’on puisse vivre de news et d’eau fraîche est une utopie, l’audience est une reine qui nous gouverne tous et dans les ratings nous lie.
Aussi, à mon sens, la crise que les médias traversent n’est pas tant une crise technologique qu’une crise de foi.

Où et comment se situer dans ce monde frénétique, lorsqu’écrire un article prend des heures voir des jours de travail de fonds ou de recherches ? Comment trouver sa place lorsque l’on souhaite faire de l’information alors que l’on sait pertinemment que sa news sur tel scandale politique ou écologique fera de toute façon moins de vue que le top 10 des nouvelles positions sexuelles à la mode.

Pourtant, est-ce que cette tendance est nouvelle ? je ne pense pas qu’internet ou le 21° siècle aient inventé le désintérêt ou plutôt le moindre intérêt des individus pour les choses sérieuses comparé au divertissement sous toutes ces formes. Là où la donne a changé c’est plutôt dans la multiplication des sources d’informations et de divertissements, créant une migration des consommateurs vers la source la plus rapide et la moins onéreuse.

L’argent toujours, le modèle économique plutôt qui a évolué et qui se cherche encore au travers des formules d’abonnements ou de paiement à la pièce sur les différents sites d’information qui ont découvert que le "tout gratuit" pour les lecteurs revenait à vendre leur âme aux publicitaires et aux marketeux.

Imaginez-vous un peu dans la peau d’un site d’information spécialisé par exemple dans le jeu vidéo qui pour se rendre à la Gamescom ou à la Paris Games Week doit montrer pâte blanche en justifiant d’un nombre d’articles ou du nombre de visites uniques par jour sur son site pour obtenir un nombre limité de "pass presse" et qui, une fois sur place, doit jouer des coudes avec des ado streameurs ou youtubeurs avec pass VIP, majoritairement invités, qui connaissent autant le jeu vidéo que moi le point de croix. Ne vous sentiriez-vous pas un peu amer ?

Que ressentiriez-vous si l’on vous disait un jour que votre site spécialisé qui existe depuis 10 ans (genre le paléolithique sur internet quoi) n’était plus considéré comme une site spécialisé car il faisait moins d’audience que Le Figaro ou Le Monde qui pourtant à l’époque (2010, le paléolithique on vous a dit) abordaient le thème des jeux vidéo plus souvent pour dire que c’était l’outil du diable que pour en débattre ou en faire des tests. (#truestory)

Évidemment je parle ici de mon expérience (limitée) dans un domaine de niche, mais le modèle est sans doute le même pour tous les domaines, car je ne serais pas surprise qu’un article sur Buzz-Feed fassent plus "d’audience" que 3 articles réunis du Times...

Le fait est que les médias ont d’abord essayé de jouer sur le même terrain que les sites que j’appellerai respectueusement "de divertissement", jonglant entre information et articles sur la dernière implantation mammaire de je ne sais quelle bimbo à la mode, intégrant sur leurs sites des liens vers des "confrères" moins respectables mais qui généraient leurs lots de clics rémunérateurs... Peu à peu internet est devenu un affreux parc d’attraction à pop-ups et pubs pour les crèmes amincissantes... entre deux vidéos de chats ou de chiots.

Et puis les blogs sont arrivés, anarchiques, voyeuristes, inutiles, nombrilistes mais aussi intelligents, informatifs, novateurs dans leur façon d’aborder l’information. Puis se fut le raz de marée des réseaux sociaux qui méritent sans doute les mêmes adjectifs qualificatifs et puis il y eu adblock. Et ce fut la fin des haricots pour les publicitaires qui ont dû se sortir les doigts du fondement pour trouver une nouvelle façon d’utiliser notre temps de cerveau.

Et nous voici aujourd’hui avec Facebook qui donne des cours d’utilisation de son réseau social aux journalistes, la publicité native, Instagram ou Twitter qui suivent mieux le coup d’état raté en Turquie que tous les sites d’information connus mais aussi et surtout avec des sites spécialisés qui cherchent leur nouveau modèle économique avec un retour aux sources de ce qui faisait d’eux des sites spécialisés : une ligne éditoriale, des articles de fonds, une communication accrue et volontairement transparente avec leurs abonnés et lecteurs fidèles...

Nous ne sommes pas au début d’une nouvelle ère des médias, je pense plutôt que nous sommes au début de leur renaissance, à présent qu’ils ont appris, testé et intégré ces nouveaux outils modernes. Et peut-être est-ce aussi parce qu’ils ont compris qu’ils ne pourront jamais lutter face à une vidéo de chatons et que cela n’est pas grave puisque ce n’est de toute façon pas leur rôle...

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Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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