Edito #6 - Juillet 2016

Par Djianne / 26 juillet 2016

Avec les récents événements tragiques qui ont secoués la France et le Monde, un phénomène plutôt curieux s’est produit : les médias ont semble t’il découvert qu’ils ne contrôlaient plus l’information mais que le net en général et les réseaux sociaux en particuliers dominaient à présent ce créneau. Quel choc ! Vraiment ?

Les exemples flagrants de l’attentat de Nice et du coup d’état raté en Turquie démontrant le règne quasi sans partage de Twitter sur la grande vague de l’info (et de l’intox) ont renvoyé les médias traditionnels et les politiques dans les goals.

Pourtant ce constat ne date pas d’hier avec une presse écrite sous perfusion depuis plusieurs années, il était temps de s’en rendre compte…

Est-ce pour autant une bonne chose ?

Certes les premières minutes/heures de flux d’informations permettent une transmission brute des événements et des faits, facilitant ainsi la phase d’organisation qui suit généralement, mais passé ces étapes c’est la place aux réactions et à l’émotion qui noient alors l’information sous un flux ininterrompu de niaiseries et d’anneries en tout genre, terreau fertile des profiteurs de tous poils et des dérapages.

Je recommande sur ce sujet cette analyse très synthétique et parlante de Nicolas Vanderbiest pour le site ReputatioLab qui décrit ce qu’il appelle les 6 phases d’un attentat sur les réseaux sociaux en prenant le cas de Nice. Forcément un peu glauque mais très intéressant d’un point de vue social, même si il sous-estime à mon sens le côté profiteur des internautes lambdas qui surfent sur les “bad-hastag” (comme sur les “bons”) pour gagner quelques followers ou plus de visibilité comme n’importe quelle marque en manque d’inspiration…

On a beaucoup parlé des “digital natives”, cette génération née après 1980 avec l’essor du numérique et des nouvelles technologies que l’on nous vend avec un disque dur à la place du cerveau : l’espoir vivant du tout numérique, ou encore de la génération Z, née après 2000 qui elle, incarne le geek chic, le hipster qui a un smartphone pour troisième main et sans doute un SSD dans le trou de balle.
Cette même génération qui se nourrit du net comme de la dernière came à la mode : grisant mais généralement sans aucun contrôle…

L’usage principalement ludique qui est fait des nouvelles technologies par les jeunes générations démontrent certainement leur maîtrise de l’outil au sens premier du terme, mais en aucun cas leur maîtrise de celles-ci au sens large ou de leurs enjeux.

C’est là tout l’enjeu justement de cette “fracture” entre les générations dépassées et souvent craintives face au numérique et celles qui en usent et abusent sans avoir la moindre idée de l’impact que celui-ci peut avoir à court ou long terme.
Toutes les personnes qui ont twitté ou commenté sur les attentats - et je ne parle pas ici de relais d’information - en bien ou en mal (notion très relative au final), ont-elles seulement pensé un instant à l’impact de leur tweet/post/commentaire ? quel qu’il soit ?

N’est ce pas ici le rôle des médias que d’apporter le recul et l’analyse nécessaire pour permettre d’avoir un regard lucide sur des événements tragiques ?

Le plus dramatique serait donc plutôt l’incapacité des médias traditionnels à prendre le virage du numérique sans sombrer dans l’excès, à l’image des internautes qu’ils sont sensés informer et guider, ou encore dans le verbiage stérile sur des points de détails dont, au final, tout le monde se fout. Pour l’exemple, je doute que l’on recherche le même contenu sur iTélé et sur MinuteBuzz...et pourtant...

Avec l’explosion des moyens de communication instantanés il est certain que nos médias ne pourront plus rivaliser en terme de rapidité, mais cela ne veut pas dire que leur rôle n’est plus le même.
Une information brute peut être transmise par n’importe qui, cela n’a au fond aucune importance, aujourd’hui, ce qui compte, c’est ce que l’on fera de cette information en la retransmettant.
Et c’est une guerre que les médias traditionnels semblent en train de perdre...

Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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