Edito #3 - Mars 2016

Par Djianne / 23 mars 2016

Lors de mon précédent édito du mois de février je m’étais arrêtée quelques instants sur cette nécessité pour le monde du numérique de créer son propre langage, sa propre culture, quitte à se renouveler plus souvent que la garde robe de Kim Kardashian ou à provoquer des fractures de l’oeil ou de l’ouïe aux amoureux de la langue de Molière.

L’”Uberisation” en est un exemple récent et très représentatif.
Suite aux écharpages en direct d’Uber versus les TaxisFrançais, qu’ils soient physiques ou juridiques, la petite planète du “digital” en a retiré un néologisme censé incarner la mise en concurrence entre des entreprises existantes et une économie collaborative basée sur le numérique qui proposent le même service : l’uberisation.
Diantre que ce mot est laid. C’est à la limite de l’insulte auditive.

Pourtant, la chose s’est répandue plus vite qu’une photo de popstar à poil sur Instagram et nous mangeons depuis de l’uberisation à toutes les sauces et dans tous les domaines.
L’uberisation du droit, des banques, de la gastronomie, de la santé, de la politique….
C’est un virus, une maladie presque honteuse qui menace nos vies et notre économie. Le débat est lancé : est-ce dangereux ? nocif ? à double tranchant ? utile ? une aubaine pour le consommateur ?

Avec un nom pareil et des titres aussi accrocheurs que “préparez-vous à une uberisation massive de tout et de tout le monde ?!” façon “Attention danger grippe aviaire : doit-on préparer les réserves de Tamiflu !?” il est certain que le phénomène peut inquiéter le consommateur lambda…

Pourtant cette “uberisation” ne semble finalement que la suite logique d’une dynamique instaurée par les entreprises elles-mêmes pour éloigner le plus possible le client et/ou vivre la relation client via de plus en plus d’intermédiaires : plateformes téléphonique, SAV délocalisés, FAQ en ligne, conseillers virtuels, prise de rendez-vous via formulaires, numéros verts…
Ou encore une conclusion inévitable pour des marchés spécifiques dominés par des monopoles qui n’ont plus de justification ni sociale, ni économique, ni juridique.

Je doute en effet que le médecin généraliste disparaisse demain au profit de Julie, infirmière virtuelle ou qu’une plateforme en ligne remplace définitivement votre avocat ou votre notaire.
Je ne serais toutefois pas contre un test de la politique version démocratie collaborative, mais c’est un autre débat ….

Sans émettre un quelconque jugement de valeur il semblerait donc que certaines entreprises, comme les banques, taxis, assurances ou encore les agences immobilières, soient assises sur la branche qu’elles ont elles-mêmes commencé à scier 10 ans en arrière.
Le consommateur ne peut alors qu’être séduit par un outil qui supprime encore plus d’intermédiaires et fait jouer la concurrence sur les prix, comme on le lui a si bien appris.

L’uberisation des marchés plus spécifiques qui ont encore une justification sociale, économique ou légale, va dès lors plus logiquement passer par une facilitation des démarches, une accélération des prises en charges et un désengorgement de certaines instances noyées sous le protocole et la paperasse.

A ce jour toutefois, personne ne peut établir avec certitude une quelconque vérité sur ce que cette dynamique va devenir dans les dix prochaines années, mais une chose est certaine, le consommateur semble de plus en plus séduit par une économie collaborative favorisant les échanges locaux et entre particuliers, au détriment d’un système et d’une économie dont il ne ressent plus les effets bénéfiques depuis maintenant plusieurs années.

Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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