Chronique : Ma Région a du Talent

Par Djianne / 18 avril 2016

Focus sur le Nostalgeek-end

Alors que le marché et la mode du retrogaming ne se sont jamais si bien portés, après les salons du jeu vidéo, la mangatitude ou les concours de cosplay voici venu le temps des Nostalgeek.
Une espèce humanoïde curieuse et sociable, oscillant entre 25 et 35 ans, friande de culture pop et web en général et de retrogaming en particulier, elle revit le temps d’un weekend son adolescence au rythme des Spice Girls et d’un bon vieux tournoi de Unreal Tournament.
Oubliez la Tournée des Idoles et bienvenue au Nostalgeek-end !

C’est dans la Commune du Creusot (71200), 7ème ville de la région Bourgogne Franche-Comté en terme de population (la petite anecdote sympa à ressortir au prochain dîner de famille), que l’association Nostalgeek sévit depuis 2008 en se définissant comme (je cite) : une association loi 1901 se consacrant à la démocratisation du retrogaming et à la sauvegarde d’anciennes technologies.

2016 marque la seconde édition du Nostalgeek-end, un weekend complet consacré à la culture des années 90, jeux vidéo et séries AB Production inclus.
Nous sommes donc allé à la rencontre de @Chezmoa, Président et Fondateur de @Nostalgeek_ afin de découvrir la philosophie derrière le concept.

BrainRoster : Pourquoi pensiez-vous que le concept d’un salon mêlant nostalgie et culture geek fonctionnerait ?
Chezmoa : Nostalgeek est une association se consacrant à la démocratisation du jeu vidéo ancien (un beau terme pour dire retrogaming n’est-ce pas ?), et comme la plupart des joueurs, nous ressortons nos consoles et vieilles manettes plus par nostalgie que pour autre chose.
Notre propre nom d’asso le prouve, puisque c’est une contraction (non pas comme à l’accouchement) des mots Nostalgie et Geek... Alors au lieu de créer un salon geek comme il y en a beaucoup on a voulu créer un salon sur la Nostalgie en s’appuyant sur la culture d’une époque plutôt (le chien de Mickey) que sur la culture vidéoludique uniquement.

B : Quelle animation rencontre le plus de succès ? et pourquoi à votre avis ?
C :On a mis en place un questionnaire l’an dernier pour avoir des retours des visiteurs et la plupart des animations étaient au même niveau. Le point positif essentiel qui est ressorti c’est l’ambiance général, mais ça c’est difficile à expliquer, y compris pour nous. Les gens aiment bien nos conneries sans trop qu’on sache pourquoi.

B : Pourquoi les années 90 ?
C : Les salons vintage sur les années 80 pullulent ces dernières années avec des tas de choses très bien qui rappellent leur enfance aux gens qui ont vécus ça ou qui leur permettent de partager leurs souvenirs avec leurs enfants. Et bien on fait pareil mais pour la génération suivante tout simplement parce que c’est la nôtre (je suis né en 1986).

B : Que pensez-vous de la culture du retrogaming qui a explosé ces dernières années et de son marché ?
C : Comme tout ce qui devient à la mode les prix s’envolent et deviennent ridicules. D’autant plus que les médias grand public mettent en avant des stupidités et que tout le monde dit un peu ce qu’il veut au niveau des prix. Je me rappelle d’une vente aux enchères où Goldeneye 64 était parti à plus de 9000€ alors qu’il en vaut beaucoup, beaucoup, beaucoup moins... Le jeu n’est pas si rare et au delà de l’aspect nostalgie n’est pas très recherché. Pour preuve au Nostalgeek-end c’est l’un des jeux que l’on peut trouver en tournoi et il ne nous a pas coûté 9000€ (en fait il ne nous à même pas coûté 9€, on a pas la boite mais on s’en fout à ce prix là).
Tous les matins il y a un pigeon qui se lève, le plus dur c’est de l’attraper... Alors avant d’acheter un jeu ou une console demandez-vous bien si ce n ’est pas vous le pigeon.

B : Comment la ville du Creusot a t’elle accueilli cette initiative de la naissance du projet à aujourd’hui ?
C : L’association a beau exister depuis 2008 on avait jamais rien organisé dans notre ville, parce qu’on préférait économiser et se préparer correctement pour présenter un joli projet. Du coup quand on a été voir la ville on sortait un peu de nul part pour proposer un événement assez différent de ce que les élus ont l’habitude de voir. En effet le gros événement culturel du Creusot c’était les Giboulés, un festival de musique actuel qui coûtait relativement cher à organiser pour un public très ciblé. Alors quand on arrive avec un festival multiculturel sur un thème assez flou, qui vise un très large public avec une politique tarifaire basse on passe un peu pour des gens bizarres.
Malgré tous ces paramètres, la ville nous a apporté son soutient en nous offrant la location de la plus grosse salle de la ville ainsi que le soutient logistique et matériel qui va avec (installation de la salle, prêt d’une sono pour aller avec la scène...).
Cette année la ville reconduit son soutient mais nous avons déjà parlé ensemble de développer un partenariat pour les années à venir. D’ailleurs on dit bien partenariat plutôt (le chien de Mickey toujours) que subvention, trop d’événements vivent sous perfusion des subventions et comme on sait très bien que la culture subit des coupes budgétaires monstrueuses on veut se mettre à l’abri, le jour ou la ville ne veut/peut plus nous aider on ne mourra pas.

B : Pensez-vous que ce type d’événement peut devenir aussi important que n’importe quel autre salon à thème ?
C : Pour citer Amanda Lear : "Ce n’est pas la taille qui compte, c’est le goût".
Notre principal but n’est pas le nombre de visiteurs mais leur satisfaction, on préfère avoir 50 visiteurs qui se sont vraiment amusés plutôt (encore lui ? à la niche !) que 500 visiteurs qui auront juste trouvé ça sympa.
On verra à l’avenir comment évolue l’événement, on espère bien se développer, surtout en local pour devenir un festival creusotin mais on veut éviter de grossir trop vite parce que c’est comme ça qu’on se casse la gueule.
On va donc y aller par étape en cherchant des partenaires locaux, les commerçants de la ville par exemple sont déjà très actifs en participant à notre concours de décoration de vitrine en post-it, cette année une pizzeria devrait nous faire une pizza spéciale pendant une semaine, un bar nous fait une boisson spéciale pendant une semaine aussi... etc..
Et on ajoutera des animations hors des murs tous les ans pour grossir petit à petit en prenant des risques modérés. Cette année par exemple on a ajouté une projection de film au cinéma le Vendredi soir. C’est Wayne’s World qui sera projeté, un film qui vise déjà un public particulier mais c’est nos futurs visiteurs qui ont voté pour leur film préféré (via notre évènement facebook). On espère que cela va attirer du monde parce qu’on est quasi sûr de perdre de l’argent sur cette animation, mais si le concept plait on trouvera un moyen de le financer pour les années à venir. Et si ça n’attire pas grand monde on testera une autre animation l’an prochain.

B : Qu’avez-vous envie de répondre à d’éventuels détracteurs qui pourraient qualifier le Nostalgeekend d’arriéré ou de fuite de la réalité ?
C : Des détracteurs ? Ou ça ? Ce qu’on fait c’est formidable et merveilleux, tout le monde nous aime voyons !

B : Quelle vision d’avenir avez-vous pour votre événement ? Comment aimeriez-vous le faire évoluer ?
C : On va déjà essayer de faire ça bien cette année et pour l’année prochaine on écoutera les retours de nos visiteurs pour tenter de nous améliorer. On a mis en place un questionnaire suite à la première édition et pris en compte les retours et propositions du public, la projection d’un film est un élément qui revenait souvent ainsi qu’augmenter le nombre d’animations en faisant attention à ce qu’elles ne se chevauchent pas. Certains regrettaient le manque de concerts (et on en avait vachement envie aussi) on a en donc ajouté cette année.
On fera pareil après la seconde édition et on évoluera en fonction de la demande (mais aussi de nos goûts).

B : Pensez-vous que la nostalgie soit une caractéristique spécifique à notre génération ou qu’elle touche toutes les générations qui nous ont précédé et qui nous suivront ?
C : Chaque génération à la nostalgie de sa propre époque, allez donc demander à vos parents ou grand-parents de vous raconter un peu leur enfance et regardez leurs yeux briller (non pas le reflet sur les lunettes, leurs vrais yeux en dessous...)

B : Vous avez la parole : (libre commentaire, ajout, critique, question)
C : Ce salon, n’est pas un salon sur le cyclisme, merci de votre compréhension.

Pour tout savoir de cet évènement qui aura lieu le weekend des 23 et 24 avril 2016 je vous invite à visiter le site officiel ou la page facebook de l’event.

Perte de temps inutile, simple excuse pour faire la fête ou syndrome d’une génération perdue, une chose est certaine ce genre d’initiative se popularise de plus en plus et permet à plusieurs générations différentes de partager des moments de détente et d’ouverture.
Sans vouloir y trouver une quelconque catharsis ou explication ethnologique, la transmission du passé et de notre histoire passe plus que jamais par sa culture, qu’elle soit artistique (élitiste) ou populaire (accessible) et ce retour le temps d’un weekend dans les années adolescentes des plus de 25 ans est sans doute juste un autre point de vue, bien plus parlant que ne le seront jamais les futurs livres d’école.

Nota : Toutes les images et vidéos de cet article proviennent des archives de l’association Nostalgeek.

Djianne

Rédactrice en chef de BrainRoster et présidente de BrainToaster. Particularités : grande maîtrise de la caféine en intraveineuse, -12 en diplomatie, pond environ 10 idées banco à la minute.

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